Le Professeur Jean Brossel qui vient de nous quitter a joué un rôle exceptionnel dans le développement de la Physique française et internationale.

Jean Brossel sort de l'ENS (Ecole Normale Supérieure) avec l'agrégation de Physique en 1945. Il travaille pendant cinq années dans des laboratoires anglais et américains avant de revenir soutenir sa thèse d'Etat à Paris à l'automne 1951, sur les expériences qu'il avait réalisées au MIT.

Attaché de recherches, puis Maître de Recherches au CNRS de 1951 à 1955, il est alors nommé Professeur à la Faculté des Sciences de Paris puis à l'Université Paris 6 (Pierre et Marie Curie) où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1985. Co-directeur du laboratoire de Spectroscopie Hertzienne de l'ENS jusqu'à la retraite d'Alfred Kastler en 1972, puis Directeur de ce laboratoire, il est également Directeur du Département de Physique de l'ENS de 1973 à 1985.

Elu à l'Académie des Sciences en 1977, Jean Brossel a reçu de nombreuses distinctions honorifiques dont nous ne retiendrons que les deux plus importantes, en 1960, le Prix Holweck décerné conjointement par les Sociétés de Physique Anglaise et Française et en 1984, la Médaille d'Or du CNRS.

Le laboratoire fondé en 1951, et co-dirigé par Alfred Kastler et Jean Brossel a joué un rôle éminent dans le développement de la Physique Atomique et de l'Optique Quantique en France et à l'étranger. La complicité intellectuelle et la complémentarité des tempéraments de ces deux scientifiques ont été essentielles pour ce succès, et Alfred Kastler n'a cessé d'exprimer, en public comme en privé, ses regrets que Jean Brossel n'ait pas partagé avec lui le Prix Nobel qui lui a été décerné en 1966.

Les méthodes optiques introduites par Alfred Kastler et Jean Brossel permettent tout d'abord d'orienter les moments magnétiques atomiques en excitant les atomes avec une lumière résonnante polarisée. C'est le principe du pompage optique. Si les atomes sont soumis de plus à une onde hertzienne qui induit la résonance magnétique, cette résonance est détectée par une modification de la lumière émise ou absorbée par les atomes. Cette méthode de double résonance combine la précision des mesures de fréquence des ondes hertziennes avec la sensibilité bien supérieure de la détection en optique.

Ces méthodes ont permis rapidement d'obtenir une moisson de développements nouveaux dans toute une série de domaines : spectroscopie de haute résolution, horloges atomiques et standards de fréquence, magnétomètres de haute sensibilité, orientation des noyaux, sans compter toutes les études d'effets nouveaux dans les interactions atomes-lumière. L'avènement des sources laser accordables au début des années 70 a produit une explosion des recherches dans ce domaine qui se poursuit actuellement et qui explique le renouveau de ce champ de la physique.

En définitive, Jean Brossel et Alfred Kastler ont formé une école de pensée et un centre d'excellence scientifique, dont le rayonnement national et international est exceptionnel. Le Professeur Jean Brossel s'est dévoué sans compter pour attirer et former les meilleurs étudiants en jouant un rôle pionnier dans la création des enseignements de troisième cycle préparatoires à la recherche. Il a eu également une influence profonde sur le développement de la physique en France par le rôle qu'il a joué à la direction du département de physique de l'ENS et dans les commissions du CNRS.

Claude Cohen-Tannoudji
Bernard Cagnac